Location de maison, commune de Creysse - House for rent, Creysse

Creysse dans la presse - Article du Monde

Des faux airs de Toscane l'après-midi à Creysse, dans le Quercy.
La discrétion de ce village de 260 habitants lui permet d'échapper à l'invasion touristique que connaissent ses voisins Martel et Rocamadour. Mais cela n'enlève rien au charme moyenâgeux de ses maisons ni aux plaisirs de la baignade et de la pêche dans sa rivière.



De la petite esplanade herbue, tout en haut du rocher escarpé dominant le village, entre mairie et église, la vue est si belle ! Une jolie récompense après la brève grimpée du Coustalou, la rue principale pavée de galets qui serpente, entre les maisons médiévales de la place de la Halle jusqu'au sommet du promontoire, gardé sur ses flancs par le château vieux et la tour de guet.

De tout temps verrou entre le Limousin et le Périgord, dans le nord du Lot, Creysse - 260 habitants à l'année, mais 1 000 l'été avec ses résidences secondaires - peut rivaliser en beauté avec ses voisins plus connus comme Martel ou Rocamadour.

Bien mieux, sa relative discrétion l'a mis à l'abri de la ruée des touristes et lui a permis de gar- der, en son jus, l'aimable authen-ticité de son bâti et de ses paysages, façonnés des siècles durant par des paysans durs à la tâche mais qui savaient vivre bien en profitant au maximum et agréablement des ressources de leur environnement.


« TIGRES DES PLATANES »

Creysse ! Bourg dodu comme une caille et si humainement campagnard avec ses petites rues fleuries dévalant son éperon rocheux jusqu'au Cacrey, le ruisseau qui le ceinture. Avec son gué, port ancestral qui permettait aux pèlerins en route pour Rocamadour de franchir en barque la belle Dordogne. Son église Saint-Germain et ses rares absides jumelées - ancienne chapelle du château, elle fut agrandie à la fin du XIVe siècle par l'annexion de la salle de justice qui forme le choeur actuel. Sa halle qui se mire dans le Cacrey, avec sa charpente comme un vaisseau de bois retourné, un peu de guingois, sur un de ses piliers excentrés...

« Le village actuel n'a guère changé depuis le temps où il était châtellenie des vicomtes de Turenne », explique Robert Bourdier, adjoint au maire, chroniqueur bénévole de sa cité d'adoption, dont il rappelle l'histoire dans une petite monographie fort savante. « S'il est resté moyenâgeux dans sa partie escarpée, il a progressé dans sa partie basse, où il s'offre encore le luxe de montrer quelques vieilles maisons avec leurs ornements d'il y a plusieurs siècles. »

Midi, roi des étés, comme dit le poète ! Dans le ciel s'effilochent des nuages. Les bruits familiers de la vie s'échappent des maisons où l'on se prépare à déjeuner, en contre-bas, accompagnés du roucoulement incessant des ramiers, que l'on devine plus qu'on ne les voit, perchés à la cime des arbres ou dans l'encorbellement de ces beaux toits quercynois aux tuiles brunes, élégamment incurvés.

A la terrasse ombragée de platanes de l'Hôtel-Restaurant de l'Ile - le bien nommé puisque, tout de suite après le pont d'entrée du village, face à l'ancien moulin, il occupe une partie de l'enclave cernée par le ruisseau -, deux ou trois tables sont occupées par des couples de touristes.

La chère doit être délicieuse : on n'entend que le son des fourchettes heurtant les assiettes et à peine le murmure des convives, comme s'ils dégustaient religieusement on ne sait quels mets divins. Parfois, une main claque sur un bras pour chasser ou écraser ces petits moucherons appelés, ici, « tigres des platanes », habitués des lieux...


PERSPECTIVE SUPERBE

Le village s'assoupit quelque temps dans la torpeur de l'été. Deux volets claquent en se refermant, tirés par une main impatiente de trouver de la fraîcheur. Un chien aboie. Un peu assourdi, le cacardement des oies à gaver arrive de la ferme où elles sont élevées en plein air, à l'une des entrées de Creysse.

Alors il fait bon rêvasser un peu dans la sorte d'enclos très naturellement bucolique que forme le « barri », une placette qui ne dit pas son nom, traditionnellement située en dehors des fortifications et que tous les anciens villages occitans possèdent. Assis sur un petit mur croulant en vieilles pierres brunes, éclairé par le jaune orangé d'une touffe de zinias, l'instant est magique.

En milieu d'après-midi, l'arrivée d'une troupe bruyante d'une quinzaine de guides d'Europe rompt le calme. Adolescentes rieuses, en uniforme bleu, sac au dos et fanions à l'avenant, elles s'installent à l'ombre de la halle. Quelques-unes décident de grimper le Coustalou pour admirer le paysage. A l'écart des oreilles de la cheftaine, leur langage se fait moins précieux, se charge même d'impertinences à faire rougir un charretier. Comme quoi !

Non loin de là, sur le pont, pompeusement rebaptisé en 1987 de l'Europe et qui enjambe le Cacrey, la perspective est superbe. En enfilade se succèdent les petites passerelles individuelles menant aux quelques maisons de l'île enfouies sous la végétation, un pan de la halle dominée en arrière-plan par la tour de guet aux murs épais, et la petite église préromane, dont les curieuses absides jumelées se dorent aux rayons du soleil.


PLAGE DE GALETS

En bas du village, si l'envie vous prend d'aller voir tout de suite la Dordogne toute proche, ne franchissez pas le pont. Un chemin qui longe le ruisseau, caché par une végétation par trop luxuriante, vous emmènera au port, l'ancien gué, et aux délices des jeux dans l'eau. Sur un terrain de camping où règne une atmosphère familiale et bon enfant, tentes et caravanes sont rassemblées à l'ombre des grands arbres.

Six heures de l'après-midi ! Moment idéal pour piquer un plongeon dans les fraîches eaux de la rivière. La plage est de galets entre lesquels poussent, ici et là, des brins d'herbe. Pas de plongeoir ni de ces nombreuses structures qui sont l'apanage des plages surveillées, partout ailleurs. Ici, c'est à la bonne franquette. On apporte sa serviette, sa bouée ou son canot gonflable, et hop ! à l'eau. Comme au temps où personne ne faisait de façon pour se baigner après avoir trouvé un coin de rivière à son goût ! Seuls les anciens peuvent se rappeler ces plaisirs simples mais inoubliables de leurs vacances de gamins.

La lumière du soleil est moins intense. Elle donne une transparence aux couleurs qui rappelle la Toscane et fait ressortir tous les détails des belles falaises blanches et ocrées qui se dressent sur l'autre rive. Cinq ou six gosses s'éclaboussent en criant. Les gouttelettes jaillissent comme de petits diamants. Un peu à l'écart, assis sur une grosse pierre, un pêcheur taquine nonchalamment le goujon. Et toujours le roucoulement des pigeons.

Mais ces moments de bonheur que Creysse sait si bien offrir aux visiteurs peuvent être parfois troublés. Ainsi, la municipalité avait décidé d'organiser cette année, pour la première fois, un concours d'épouvantails de jardin. « Pour renforcer la convivialité entre les Creyssois, anciens et nouveaux. Une quarantaine de personnes avaient répondu à l'invitation et fait preuve de beaucoup d'imagination », explique Guy Floirac, le maire. Las, dans la nuit du 23 au 24 juillet, des vandales en ont détruit une vingtaine, ont saccagé de nombreuses jardinières de fleurs et arraché maintes boîtes aux lettres. La gendarmerie de Martel a été saisie de l'affaire, qui a jeté l'émoi dans la petite cité.

Source : "Le monde"

Mardi 16 Septembre 2003
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